« S’il est vrai que la prison sanctionne la délinquance, celle-ci pour l’essentiel se fabrique dans et par une
incarcération que la prison en fin de compte reconduit à son tour. La prison n’est que la suite naturelle, rien de plus qu’un degré supérieur de cette hiérarchie parcourue pas à pas. Le
délinquant est un produit d’institution. Inutile par conséquent de s’étonner que, dans une proportion considérable, la biographie des condamnés passe par tous ces mécanismes et établissements
dont on feint de croire qu’ils étaient destinés à éviter la prison (…). Le reclus de Mende a été soigneusement produit à partir de l’enfant correctionnaire, selon les lignes de force du système carcéral généralisé. Et
inversement, le lyrisme de la marginalité peut bien s’enchanter de l’image du « hors-la-loi », grand nomade qui rôde aux confins de l’ordre docile et apeuré. Ce n’est pas dans les marges, et par
un effet d’exils successifs que naît la criminalité, mais grâce à des insertions de plus en plus serrées, sous des surveillances toujours plus insistantes, par un cumul de coercitions
disciplinaires. »
Michel Foucault, Surveiller et punir, Tel Gallimard, 1993, p. 352